Voilà un titre raisonnable que permettra d'aborder le sujet sans passion. C'est une question à laquelle je cherche moi même à répondre, car si je m'amuse bien avec D&D 5, franchement, je préfère jouer à d'autres jeux pour tout un tas de raisons. Disons que je trouve principalement que au delà du niveau 5, les classes de personnages sont mal équilibrés et que les combats deviennent long et ennuyeux. Il n'y a pas un grand éventail tactique au jeu, la plupart du temps, on s'engage et on tape jusqu'à ce que ça meurt. Plus les niveaux montent, plus tout le monde a plein de points de vie, plus c'est long à mourir. Ennui.

D'autres lui reprocheront sans doute de ne pas avoir de mécanique narrative moderne, d'avoir des résultats trop binaires, d'être trop raciste, colonialiste tout en étant trop woke. Moi ces points m'intéressent moins. Enfin si, je suis content que WotC travaille pour insérer le plus de diversité d'origine, de genre et de sexualité dans son jeu. J'aime bien ça.
Il y a un dernier reproche que certains font au système : il serait trop compliqué et le coût d'entrée est élevé avec tous les livres de base, on peut faire du JDR beaucoup plus simple et moins cher, on se lamente donc qu'autant de gens commence avec D&D 5. Là je ne suis pas du tout d'accord, ou plus exactement, je dirai que la simplicité des autres jeux ne les rendent pas forcément plus facile d'accès. D&D 5 est en fait très facile d'accès.
Tout d'abord, il y a des chouettes kits d'initiation, avec le minimum de règles nécessaires et des prétirés. L'aventure la mine oubliée de Phancreux, par exemple, est très sympa et rapide à mettre en place pour pas très cher. En fait, si vous vous abonnez à l'infolettre D&D, WotC vous offre les PDF. C'est cadeau. Vous en avez pour pas mal de sessions à vous amuser pour pas un centime. Une fois qu'on a lu les règles basiques, on peut aller plus loin avec le triptyque classique : manuels du joueur, du DM et bestiaire (OK, là, cher). Personnellement, je n'en ai lu aucun bout à bout, je pioche dedans ce dont j'ai besoin. Je les utilise plus comme catalogue ou encyclopédie que comme livre à lire d'un bout à l'autre.
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Le kit d'initiation avec l'aventure la mine perdue de Phancreux.
Mais surtout, je mettrais en avant la facilité avec laquelle on peut s'attaquer à D&D 5 : c'est qu'on connaît déjà le jeu. On a tous joué à des RPG (je parle bien de jeu vidéo ici), voire à des RPG issus même de l'univers de Donjon et Dragons (Baldur's Gate, Neverwinter Nights...). Des guerriers, des magiciens, des dragons, de l'exploration, des quêtes, un système d'expérience et des niveaux, tous ces principes là, beaucoup les connaisse des jeux vidéos, qui a leurs débuts s'étaient inspirés de Donjon et Dragons !
On est beaucoup plus en terrain connu qu'on le croit avec D&D 5, c'est un des points qui fait qu'il est beaucoup plus facile d'accès que ce que d'autres voudraient croire. Je n'ai jamais eu de souci à lire des règles de D&D. En revanche, les premiers jeux motorisés par l'Apocalypse que j'ai essayé de lire, je me suis dit « c'est quoi ce truc ? ». Au final, j'adore les PBTA, mais de mon expérience, c'était beaucoup moins accessible qu'un D&D.
Un autre argument contre D&D 5, c'est qu'il ne doit son succès qu'à la force de communication de Wizard of the Coast. Alors peut-être, mais franchement pas que. Si la communication de Wizard of the Coast était si puissante, D&D 4 aurait gardé la place de premier JDR le plus joué, mais il s'est fait damer le pion par Pathfinder, qui est resté basé sur D&D 3.5. D&D 4 est un excellent jeu. Il fait parti de mes règles préférées. Cela dit, l'erreur qu'ils ont peut-être fait, c'est que c'était moins du D&D, et aussi qu'ils ont fait une licence rendant moins facile la réutilisation des règles.
Avec D&D 5, Wizard of the Coast est revenu à sa recette qui marche : une licence très ouverte qui permet à n'importe qui de dériver son jeu ou d'écrire dans les univers officiels, un système qui ressemble plus à celui de la 3e édition en moins baroque et un peu moins pété.
Et je crois que c'est là, avec le contraste de la 4e édition qu'on peut trouver deux raisons intéressantes du succès de D&D 5, au delà de l'inertie des gens ou de la communication de Wizard of the Coast : un jeu pété qui ressemble à D&D 3 et que tout le monde peut reprendre.
Cela pourrait paraître surprenant qu'un jeu soit populaire parce que pété, mais en vrai, qui veut d'un jeu équilibré ? Comment pourriez-vous faire briller vos choix dans la création de votre personnage si à la fin il est comme les autres, médiocre ? Un jeu où on peut trouver une petite faille pour bénéficier d'un avantage supérieur est bien plus excitant. Assemblez la bonne classe avec la bonne race et les bons dons et vous obtenez le Grosbill de vos rêves !
Le fait que tout le monde puisse reprendre les règles pour son jeu est un autre avantage qui a été négligé dans la 4e édition. Vous partez d'une base populaire, avec une mécanique qui tourne et qui plaît. Permettre de pouvoir copier cette mécanique met les éditeurs devant des choix difficiles : s'ils reprennent cette mécanique, ils pourront peut-être capter le large public de D&D 5, en les rassurant sur le fait qu'ils n'auront pas à apprendre un nouveau système.
La question à laquelle j'aurais plus de mal à répondre, c'est qu'est-ce qui plaît autant dans la 3e édition et ses héritiers, Pathfinder ou D&D 5 ? Je ne sais pas trop. Je me rappelle qu'à sa sortie, j'avais été conquis par la 3e, je l'avais trouvé super simple, facile. J'avais des règles génériques pour un jeu médfan. Je m'y étais intéressé à cause d'un des architectes de cette mouture : Jonathan Tweet. Oui, un des auteurs d'Ars Magica et de Over the Edge, des jeux qui me semblaient à des années lumières de D&D. Peut-être qu'il y a des morceaux de Jonathan Tweet dedans ? Et c'est ça qui est magique ?
Il y a plein d'autres avantages à commencer le jeu de rôle par D&D plutôt qu'un autre jeu. Comme il est populaire, le nombre de ressources disponible est sans fin. C'est incroyable tous les trucs qu'on se retrouve à faire quand on s'attaque à un jeu moins populaire. D&D 5 vous assure de vous fournir aides de jeu et conseil pour toutes les choses que vous voudriez faire. Des gens talentueux comme Slyflourish ou Keith Amman font que l'on a tout intérêt à se lancer dans ce jeu là.
On peut aussi citer la qualité des bouquins et des illustrations. Il y a plein de couvertures d'aventures de D&D 5 qui me font vibrer quand je les vois. Ils ont une excellente ligne artistique, c'est un point qui compte pour beaucoup de gens dans le JDR.
Et surtout, dernier point, vous pourrez vous amuser avec D&D 5. Même si certains disent que tel autre jeu est mieux ou que D&D 5 a tel ou tel défaut, vous pourrez vous amuser. Vous pourrez vous amuser avec un jeu dont vous connaissez déjà les principes et l'ambiance, avec un jeu qui vous fournira la meilleure offre d'aides de jeu du marché (parfois pour un prix qui lui aussi fort, c'est vrai).
Bien sûr, vous pourrez aussi vous amuser avec des jeux qui sont mieux. En fait, ne vous en privez pas, vous faites ce que vous voulez. Elle est pas belle la vie ?
Une chose à laquelle il faudra faire attention, c'est D&D 6, on estime qu'il sortira en 2024, pour les 50 ans de D&D. Ça doit être tendu chez WotC. Ils ont un gros problème : leur plus gros concurrent est eux-mêmes. Ils n'ont certainement pas envie de connaître à nouveau les déboires de D&D 4. Je suis très curieux de voir ce qui se passera. Oui, j'achèterai sans doute D&D 6, par curiosité. Je me demande s'ils se laisseront tenter par la vague de remise sous les projecteurs des vielles règles de D&D (OD&D avec OSRIC, B/X D&D avec OSE, AD&D 1 avec Swords & Wizardry).
À ce propos, je suis tombé complètement amoureux de OSE, j'y joue presque toutes les semaines en ce moment. Gavin Norman, l'auteur, est un génie. J'ai même acheté les bouquins physiques tellement la mise en page est parfaite.

Je pense que je ne serais jamais à l’abri de jouer à une partie de D&D, que ce soit avec les règles d'OD&D ou de tout ce qui a suivi ou suivra. Et je m'amuserai sans doute beaucoup, même s'il y a des jeux mieux. Je m'amuse aussi avec d'autres jeux, qui sont peut-être mieux. Bref, les jeux, ça m'amuse.