Il y a quelques différences surprenantes entre la version suédoise et les versions anglaise et française (traduite de l’anglais par Sandy Julien) de Genlab Alpha. La version suédoise, comme les trois autres modules de Mutant: Year Zero (Mutant, Mechatron/Maskinarium et Elysium) est constituée de deux livres à couverture souple dans une boîte (un pour les joueureuses un pour la meneuse de jeu). Pour Genlab Alpha la boîte contient aussi une carte de la vallée du paradis, des jetons de ressources (bouffe, eau, munitions...), des cartes et des dés (seulement pour la première impression, pour les boîtes suivantes, il faut acheter les dés à part). Les version anglaise et française réunissent les deux livres dans un seul volume grand format à couverture rigide. Les accessoires s’achètent à part.

L’intérieur de la boîte suédoise. Ça en jette beaucoup plus qu’un gros bouquin cartonné en ce qui me concerne ! Les dés sont malheureusement vendus à part dans les nouvelles versions du jeu. Vous remarquerez que les bords des dés sont arrondis, ils sont de ce fait plus jolis (selon moi) que ceux de la version française.
En fait cette boîte ressemble beaucoup à ce que Free League a fait pour Twilight 2000, mais au format Comics (l’autre différence est que la boîte de Twilight 2000, comme la plupart des boîtes Free League, est fabriquée en Chine, tandis que celle-ci semble venir de Lituanie. Pour l’impression des livres en tout cas). Les livres font sensiblement la même taille que les livres de Forbidden Lands. Pourquoi avoir gardé ce format dans la version anglaise de Forbidden Lands, mais pas dans Mutant ? Mystère. En tous cas, je trouve cette version Suédoise beaucoup plus agréable à utiliser que la version anglaise. De plus, les joueureuses peuvent lire leur livre sans crainte de dérapé dans la zone de la meneuse. Et puis j’aime les boîtes. Je perds tout sens commun face à une boîte.

La boîte suédoise à gauche, à côté du livre anglais.
Cela dit, la surprise ne s’arrête pas qu’à la boîte. Le contenu est aussi sensiblement différent, en particulier la campagne les échappés du paradis. La version suédoise ne comprend pas la partie gestion de la résistance et donne moins de liberté aux joueurs dans les actions de résistance. Ces dernières seront, dans un premier temps, des missions données par le chef de la résistance. Pour le coup, j’ai une nette préférence pour les versions anglaises et françaises qui donnent plus de liberté et ajoute un petit jeu de gestion rigolo.
Les versions anglaise et française disposent d’une tribu supplémentaire : les élans. Bon, c’est assez anecdotique, même si c’est sympathique, la tribu n’a pas vraiment d’habitat, ils sont tous très solitaires... C’est un ajout rapide, un palier du Kickstarter de la version anglaise.

Le sous-titre du jeu Mutant: Year Zero en suédois : jeu de rôle en Suède après la catastrophe.
Enfin, comme toute les versions suédoises de Mutant, Genlab Alpha se passe en Suède et le jeu se situe dans la lignée des précédentes éditions de Mutant. Dans l’épilogue, après s’être libéré de la vallée du Paradis, les animaux se retrouvent dans la zone. Dans la version suédoise, il est évident que la zone est suédoise, celle de Stockholm est suggérée.
La gamme Mutant: Year Zero a été conçue pour être agnostique en terme de localisation. On peut mettre la zone à Cherbourg ou à Bourges. Bon, pour Genlab Alpha il faut une station de ski, donc vous ne pourrez pas la mettre dans les monts d’Arrée. Cependant, dans sa version suédoise, cela s’inscrit dans un cadre déjà existant. Celui créé par le Mutant original de 1984 (surnommé Gamla Mutant, Vieux Mutant).

Le panneau Stockholm n’apparaît pas dans les versions anglaises et françaises de Genlab Alpha.
C’est pour cela que lorsque Free League a publié Mutant: Hindenburg, ce dernier n’a pas été traduit en anglais : il se situe à Hindenburg, la capitale de Pyrisamfundet, dans le cadre historique de Mutant et n’est pas compatible avec des mutants placés à Marseille ou à Albertville.

La carte de la Scandinavie dans le monde de Mutant, 108 ans après l’an zéro. Les zones apparaissent en rouge. Carte de Mutant 2.
Toutes les versions ont des sommaires très sommaires. C’est le cas pour toute la gamme mutant. C’est parfois un peu embêtant pour retrouver rapidement une version. La plupart des autres productions Free League proposent des sommaires plus détaillés, ouf. Cela dit, les PDF ont des sommaires intégrés plus détaillés et plus pratiques, sauf la version française qui n’en a pas du tout.
Pour la typographie, en particulier la composition des paragraphes, celle-ci est légèrement meilleure dans la version anglaise. La version suédoise ayant des colonnes plus étroites, la composition est plus dure et cela se ressent parfois sur la qualité des espaces. La version française a quelques exemples d’espacement mal maîtrisés, ce qui est dommage alors qu’elle reprend le gabarit de la version anglaise qui n’en a pas. Cela vaudrait le coût que dans les paliers de financement participatif des jeux de rôle français soit inclus un palier de relecture typographique pour éviter ces problèmes et un autre pour ajouter des sommaires intégrés au PDF.

Des espaces trop grand, en particulier au 2e point et tout le 6e

Une belle composition rendue possible par la composition en drapeau avec césure.

Beaucoup d’espaces trop grand dans le point 1 et à la fin du point 3.
Le même encart dans les trois versions. L’anglaise est la meilleure, grâce à la composition en drapeau et à la césure.
La traduction de la version française est fidèle à l’anglaise, avec un bel effort de francisation. Par exemple l’alpha de la tribu des chats s’appelle Nightclaw en anglais, en français cela devient Noctegriffe. La version suédoise oscille sur ce personnage, l’appelant dans le livre des joueurs de son nom de résistance, Stor-Klo (Grande-Griffe) et de son nom de laboratoire dans le livre de la meneuse, Cassius 09. Un autre PNJ chat s’appelle Grimalkin, un terme anglais archaïque pour les chats, ayant pris un sens occulte à l’époque moderne. La version française garde ce nom. La version suédoise l’appelle Grönöga, Œilvert. Je ne vois aucun lien pour passer d’un nom à l’autre. Comme pour Forbidden Lands, on voit une plus grande liberté d’adaptation entre la version suédoise et l’anglaise qu’entre l’anglaise et la française.
Un détail du moteur an zéro, lorsque vous obtenez plus d’un succès sur un jet, vous pouvez les dépenser pour accomplir des prouesses. Ici prouesse est une traduction de l’anglais stunt. La version suédoise, beaucoup plus prosaïque parle de bonuseffekter, vous traduirez sans trop de difficultés en effets bonus. Prouesse est très bien trouvé pour traduire stunt, sans doute beaucoup plus difficile à trouver qu’effet bonus. Cependant je trouve effet bonus plus clair au final.
Pour finir, un scandale. Oui. Un crime plus grave encore que de faire des espaces trop grands ou trop petits entre des mots. C’est dire. Une image a été retournée dans une des versions. J’imagine que comme moi, vous êtes mortifié en l’apprenant. Gagarin 11, le récupérateur canin n’est pas orienté de la même manière dans la version suédoise et dans les versions anglaise et française.

Version anglaise.

Version suédoise.
Gagarin 11 et sa précieuse cafetière. Dessin de Reine Rosenberg.
Comment savoir quelle image est correctement orientée ? La cafetière du boston terrier peut nous aider. J’ai cherché quels modèles de cafetière étaient populaires en Suède et je suis tombé sur cet engin batave :

Cher.
La Moccamaster de Techni Vorm est une cafetière à filtre haut de gamme. C’est une raison de plus, sans doute, pour que Gagarin 11 y tienne tant. Même à notre époque, ce n’est pas donné à tous de pouvoir s’offrir une cafetière à plus de 200 € (personnellement, ancien adepte des cafetière italienne et de l’espresso, je ne comprends pas comment on peut mettre un seul brouzouf dans une cafetière à filtre, mais si je buvais encore du café, j’aurais sans doute envie d’essayer celle là, vu son prix). Enfin bref, image à l’appui, on se rend compte que c’est la version suédoise qui a malmené l’illustration de Rosenberg !
Je vous propose de nous arrêter là dans cette petite excursion comparative. Ça n’apporte sans doute pas grand chose, mais j’adore faire ça. Alors quelle est la meilleure version ? Elles ont toute un petit défaut que l’autre n’a pas. L’anglaise et la française sont moins pratiques, la suédoise est moins à jour... Je pense qu’au final, ma version préférée est la suédoise, parce que j’adore le format comics et que je voudrais que tous les jeux de rôle aient ce format là plutôt que les grands albums difficiles à lire au lit. Et puis c’est une boîte. J’ai déjà dit que je perdais tout sens commun face à une boîte.

La boîte suédoise ouverte à côté du livre anglais.