2024-08-10, temps de lecture : 8 mn.

L’inavouable secret & autres mystères (VO : En Grym Hemlighet och andra mysterier, VA : A Wicked Secret and Other Mysteries) est un recueil de quatre aventures pour Vaesen, toujours joliment illustré par Johan Egerkrans (qui a inspiré le jeu) Anton Vitus (les portraits de PNJ) et Tobias Tranell (les cartes). Ces quatres aventures sont écrites par quatre auteurs et autrices différentes, ce qui donne à chacune d’entre elles une patte particulière. Écrites en suédois elle ont été traduite vers l’anglais par Niklas Lundmark puis traduite de l’anglais vers le français par Sandy Julien (je n’ai pas eu la version française entre les mains, mais c’est Sandy, donc c’est forcément bien). Globalement, c’est un super supplément que je vous recommande vivement si vous souhaitez faire jouer Vaesen (vaesen est la transcription anglaise du mot suédois väsen qui veut dire « être » au sens d’être vivant. Prononcez Vèèsseune plutôt que vézeune ou va-ézeune). Je vais vous présenter brièvement les quatre aventures, les choses que j’ai apprises sur les pays nordiques en les lisant, puis je reviendrai un peu sur le module Foundry.

La couverture de la version originale.

Les aventures

L’argent de la mer

Aventure écrite par Thomas Härenstam, M. Free League lui-même. Les membres de la société sont contactés par un jeune pasteur rigoriste qui pense que la mort de son mentor dans l’archipel de Fjälbacka est due à une famille malfaisante et diabolique.

Un petit mystère très sympathique dans le monde de l’industrie de la pêche, avec une forte odeur de hareng, d’huile de poisson et d’eau de vie. Le final est particulièrement musclé.

L’inavouable secret

Aventure écrite par Gabrielle de Bourg, nerd professionnelle et autrice habituée à l’horreur ayant entre autre contribué à Call of Cthulhu Sverige, pour jouer à l’AdC en Suède. Les membres de la société sont cette fois partis dans un petit village inquiétant au nord de la Suède. Un industriel de la filière bois y avait envoyé deux prospecteurs pour acheter des forêts et une scierie. L’un est porté disparu, l’autre s’est enfui et est devenu fou. Le final est sanglant et grand guignol.

La truie de minuit

Gruik !

Écrite par Nils Hintze, l’auteur de Tales from the Loop et Vaesen, cette aventure emmène les sociétaires dans le nord de la Scanie, la région la plus méridionale de Suède. Les sociétaires sont appelés à l’aide par une ancienne consœur, actuellement bloquée dans un hôtel. Une nouvelle enquête dans un petit village. Contrairement aux trois autres, il sera impossible d’éviter le gore dans cette aventure.

Le Chant de l’étoile filante

La dernière aventure est de Kiku Pukk Härenstam, une autrice que je ne connais pas beaucoup, elle a signé deux aventures pour Vaesen, une dans ce supplément, l’autre dans le suivant. Cette aventure emmènera les sociétaires en Estonie, sur l’île de Saaremaa (Ösel un suédois, repris en Oesel dans la version anglaise puis française) où un jeune chercheur demande de l’aide, sa femme a cherché à tuer leur jeune enfant qui vient de naître sous prétexte que c’est un monstre. Un prêtre dont elle est proche est d’accord pour dire qu’il y a quelque chose de maléfique avec l’enfant et qu’il faut l’exorciser.

C’est clairement mon aventure préférée, parce que c’est la plus féérique de toute. On sent moins l’influence de l’horreur moderne dedans. C’est possiblement la seule qui peut se résoudre entièrement sans violence. Bref, je l’aime beaucoup.

Qu’apprend-on sur les pays nordiques ?

Il y a beaucoup de choses amusantes. Par exemple, l’île de l_’argent de la mer_ s’appelle en vrai Florön. Les bâtiments présent sur le plan du supplément existent réellement. En comparant la carte du livre et Google map, il est impossible de se tromper !

Sur une page décrivant Florön on trouve je pense toute la source d’inspiration de Tomas Härenstam. Il y avait vraiment une Abela (Johansson et pas Amundsson comme dans l’histoire) qui tenait une auberge (appelée korgen, littéralement « la taverne ») Les cycles d’abondance de hareng était vraiment constitué de cycles de plusieurs dizaines d’années qui pouvaient donner de grands élans économique pour la région. L’auberge a eu une influence néfaste sur l’alcoolisme et le texte compare Abela à une sirène qui enlève les marins à leurs familles. La licence de l’auberge pour vendre de l’aquavit a sauté quelques années après la mort d’Abela sous la pression d’organisations religieuses rigoristes. Bref, tous les éléments du scénario se trouvent sur cette page je pense. Cela montre le talent d’Härenstam pour transformer des faits en histoires.

les pêches miraculeuses de hareng. Photo de Olga Larsson, avril 1894, près de Porsholmen (une île de l’archipel de Fjällbacka).

J’ai moins trouvé de références ou de choses amusantes pour l’histoire de Gabrielle de Bourg et l’industrie du bois. Mais j’imagine qu’il doit y avoir aussi quelques ressources derrière.

Des hommes et des femmes se baignant ensemble ! Scandale ! Source : <https://www.gammalstorp.se/Molle.htm>

Pour la Truie de la nuit, le péché de Mölle existe vraiment, mais est légèrement plus tardif. À la fin du XIXe siècle, avec le développement du tourisme, ce fut effectivement le premier endroit où furent autorisés homme et femme à se baigner ensemble. Cela a attiré des touristes d’assez loin. Un des effets amusants du scénario, c’est que l’auteur propose d’insister sur le dialecte des locaux, afin de les rendre mystérieux et dur à comprendre. Cela me fit sourire, parce que le scanien, le dialecte de la Scanie où se trouve Mölle, est compliqué à comprendre pour les gens apprenant le suédois et pour les Suédois eux-même. La région proche du Danemark a souvent été sous domination danoise et par conséquence la langue est mâtiné de danois.

Le cratère de Kaali. Source : <https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Kaali_main_crater_on_2005-08-10.3.jpg>.

Enfin pour le chant des étoiles filantes, j’ai découvert le site archéologique exceptionnel de Saaremaa : neuf cratères, vestige de l’impact de neuf morceaux de météorites qui ont frappé l’île il y a quelques milliers d’années. Les cratères sont entourés de légendes. C’est aussi agréable d’avoir un scénario qui se passe en Estonie, de voir le pays à la croisée des impérialismes allemands, russes et suédois. Ça me rappelle que mon ancienne collègue du fonds finnois et estonien de la Bulac m’avait recommandé la lecture de : L'homme qui savait la langue des serpents d'Andrus Kivirähk. Il faut vraiment que je le rajoute à ma pile.

Le module Foundry

Je n’ai pas bien compris le module au début, parce qu’on peut charger les histoires indépendamment les une des autres. J’ai donc joué sans les sites, ni les PNJ... Cela m’a permis de constater à quel point c’était pratique d’avoir tous les lieux et PNJ déjà décrit via le module. Et oui, si on se débrouille bien ils sont vraiment là et donc oui, je le recommande si vous jouer en distanciel. Ne faites juste pas comme moi et installez tout ce que le module propose.

En conclusion

J’aime bien Vaesen et ce recueil de scénarios pour plusieurs raisons. D’abord, c’est un des trucs vraiment suédois que fait encore Free League. Free League, c’est aujourd’hui plus américain que suédois. C’est pour ça qu’on dit Free League en français et pas Fria Ligan, le nom original de l’éditeur. La plupart des jeux sont écrits directement en anglais et le sont de plus en plus (pas de suédois pour la nouvelle mouture de Coriolis par exemple). On voit clairement que la boutique suédoise est moins bien fournie que la boutique en anglais. Bref, le succès à l’international fait que la partie suédoise devient de plus en plus accessoire. Vaesen, lui, est écrit encore en suédois et est en plus très marqué par le folklore nordique. Ensuite, j’aime bien l’idée de faire un jeu d’horreur avec de la vieille mythologie plutôt qu’avec du Cthulhu. Tout cela est très dépaysant.

Mon regret éventuel, que j’ai déjà exprimé dans un précédent billet, c’est que le livre de base propose un bon scénario d’introduction qui se veut être un élément d’une campagne de plus grande ampleur, mais dont on n’a toujours pas vu la couleur dans les trois suppléments de scénarios qui sont déjà sortis. J’espère que cela sortira, parce que cette gamme vaut vraiment le coup.

Nicolas Legrand

Catégories : compte-rendu-critique

Mots clef : nordiska-vasen-vaesen yze