Le rôliste numérique > La revue > Pourquoi j’adore Infinity N5
2026-08-03, temps de lecture : 12 mn.
Infinity est un wargame galicien d’escarmouche fortement inspiré des courants cyberpunks japonais, et en particulier de l’œuvre de Masamune Shirow. C’est actuellement le wargame à figurine auquel je préfère jouer, pour deux raisons : d’abord, le jeu est populaire à mon asso, il est donc facile de trouver des joueurs, ensuite le système de règle est vraiment très agréable et dynamique, en particulier avec le système de réaction, mais pas seulement. J’ai essayé de faire un billet court pour en parler, mais je me suis laisser emporté par mon enthousiasme.

Les trucs incroyables
Infinity, est un jeu au tour par tour. En général, je préfère les systèmes d’activation alternée, parce que disons le franchement, j’ai tendance à m’ennuyer pendant le tour adverse, où je regarde mon adversaire faire ses trucs, sans beaucoup d’interaction de ma part en dehors des jets de sauvegardes ou de quelques très rares possibilités d’interrompre son tour. À Infinity, quand c’est le tour de votre adversaire, ce n’est vraiment pas le moment d’aller prendre un café ou d’aller voir comment ça se passe sur les tables à côté, vous allez devoir vérifier si vous pouvez réagir à chaque action de l’adversaire. Le slogan du jeu est assez justement « c’est toujours à votre tour ».
Quand votre adversaire active un agent, chacun de vos agents qui le perçoivent (dans la ligne de vue ou dans la zone de contrôle) peut déclarer une réaction (Ordre de Réaction Automatique, ORA). Le nombre d’action possible en réaction est limité, les deux utilisées le plus couramment sont de tirer ou d’esquiver.
Sans trop rentrer dans les détails, le joueur qui a l’initiative aura souvent un avantage sur le joueur en réaction, mais la réaction pourra être dissuasive et ralentir l’adversaire. Il devra dépenser des ordres pour réduire la menace.
La résolution de l’action d’un agent et des réactions qu’il provoque est simultanée et se résout une fois que toutes les actions ont été faites. Cela permet un dynamisme que je n’ai vu nulle part ailleurs. Par exemple, comme dans un film, tout agent pour sortir légèrement de son couvert pour tirer avant de revenir à couvert. Et il risque de se faire trouer la peau en le faisant. Je ne crois pas connaître d’autres wargame ou même jdr qui permettent ça de manière aussi fluide. L’économie des actions fait que l’on se retrouve à découvert à la fin. À Kill Team, un agent élite peut éventuellement faire ça avec ses trois actions, mais c’est cher payé et il n’y a pas le côté prise de risque, parce qu’il n’y a pas de réaction.
Infinity gère ça avec un système malin. Voici un exemple :
Vous avez un fusilier en couverture totale derrière un mur. Il décide de faire un mouvement où il passe en couverture partielle, se rendant visible, avant de retourner en couvert total. Votre adversaire a un agent qui voit votre fusilier au moment où il passe à découvert. Que fait-il comme ORA ? Votre adversaire décide de tirer. Vous devez maintenant déclarer votre deuxième action. Vous pouvez esquiver ou tirer, vous décider de tirer, au moment où vous voyez votre adversaire dans votre ligne de vue. Maintenant vous faite un jet en opposition pour savoir comment se résout cet échange. La résolution se fait en simultanée une fois que toutes les actions ont été déclarées.
Avec Infinity, j’ai une sensation de mouvement et de fluidité que je n’ai dans aucun autre jeu.

L’activation est aussi un élément original que j’adore. C’est très étonnant et grisant. Pour simplifier, imaginez que pour chaque unité (une unité = un ou une soldate), vous allez recevoir un ordre. Mais cet ordre n’est pas spécifiquement attaché à votre unité. Vous allez pouvoir mettre plusieurs ordres sur une seule unité, voir tous vos ordres sur le même. Pendant votre tour, cela peut vous donner la possibilité de faire des actions véritablement éclatante. Il faudra profiter de chaque faille de la disposition des unités adverses.
Dès que l’on commence à jouer avec l’ensemble des règles d’Infinity, on peut se sentir un peu submergé, parce qu’il y en a vraiment beaucoup. Oui mais... Tout est générique. Toutes les factions utilisent les mêmes armement et compétences. Infinity arrive à donner des fortes spécialités et personnalités à ses factions, sans leur donner de règles particulières. Et en ce qui me concerne, c’est très reposant. Certaines compétences ou armes seront plus ou moins présentes ou plus ou moins chères en fonction des factions, mais le fonctionnement sera le même pour tout le monde. Les listes de vos adversaires deviennent très facile à lire et comprendre.
Un truc qui m’a fait loucher profondément sur Infinity, ce sont les décors. Souvent juste en carton, ces derniers ont un rôle très important dans le jeu et dans l’immersion narrative. On a une véritable sensation de combat urbain dans des bâtiments qui n’ont pas été ravagés par la guerre. Quand je voyais les camarades jouer à l’association, ça me faisait beaucoup plus d’effet que les ruines en L disposées de manière symétriques.

Enfin, j’accroche beaucoup à la ligne des figurines, au style qui rappelle Appleseed, Ghost in the Shell ou Akira. Les sculptures sont en général de haute volée.

Les petits plus que j’aime
À Infinity, le corps à corps est plus une anomalie que la normale. certaines unités sont très fortes aux corps à corps, mais elles devront déployer pas mal de ressources pour pouvoir s’approcher suffisamment près sans se faire tirer dessus. Infinity est avant tout un jeu de tir, ça lui donne une petite touche « réaliste » que j’apprécie beaucoup.
Les règles sont gratuites et l’application pour faire ses listes aussi. C’est d’ailleurs la première fois que j’ai vraiment plaisir à faire des listes à un wargame.
En cas de question sur la visibilité, ce n’est pas la figurine qui fait foi, mais un gabarit de forme cylindrique sur lequel on devra voir un carré de 3 mm. Les gabarits sont utilisés régulièrement, sans nuire au jeu ni à l’immersion. Cela permet entre autre de continuer à jouer avec de vieilles figurines sans avoir de « gna gna gna, avec la dernière figurine officielle sur son rocher tactique je l’aurais vu ».
Le cadre futuriste reste rattaché à notre monde de manière assez claire. Si les puissances ont évolué et qu’elles ne portent pas forcément les mêmes noms, on voit encore le lien avec le monde réel actuel.

Pas de FOMO. Fini le gros stress de la boîte en précommande qui a été sous produite et pour laquelle tout le monde va se battre, quand une boîte sort, si elle vous plaît, vous pourrez l’avoir.
Les trucs qui sont peut-être moins bien
Le métal est rédhibitoire pour certains. De mon côté je trouve ça plaisant, mais c’est effectivement différent à traiter quand on est habitué au plastique. Mes premiers assemblages ne sont pas super réussis. Investir dans des limes m’a permis de monter en qualité. Dans tous les cas, les figs sont superbes et la sculpture de très bonne qualité.
C’est relativement cher. Il faut compter autour de 150/200 € pour avoir de quoi jouer en 300 points. Le prix m’a un peu arrêté au début. Mais bon, ce jeu est tellement génial et les figurines tellement belles que ça en vaut largement le coût.
En s’inspirant de Masamune Shirow, le jeu a aussi pris un défaut de ce dernier, le fan service. Il y a beaucoup de personnages féminins avec la poitrine proéminentes. Ça peut être fatiguant, et parfois, ce n’est même pas très réussi, comme les tech bees. En contre partie, les personnages du Dire Foes Mission Pack 15 ou les chacals sont très chouettes.
Ha et sinon, les règles n’existent pas en français. C’est bloquant pour pas mal de gens.
Comment commencer ?
Vous pouvez commencer par lire les règles abrégées. Personnellement ça m’a suffit pour accrocher. Il y a ensuite les règles complètes dont de grandes parties sont plus des références, n’hésitez pas à survoler pour y revenir plus tard. Quand vous jouerez, vous utiliserai surtout l’application, et les compétences, matériels de vos unités ont tous des liens sur le wiki d’Infinity, où vous pourrez lire les règles au moment où vous en aurez besoin.
Pour le cadre le site Infinity Universe donne les bases. Pour compléter on peut lire le livre officiel, un peu cher, mais touffu et bien fichu.
Par quelle faction commencer ? Chaque faction contient des starters pack que vous pouvez ensuite compléter. Les boîtes d’opération proposent des affrontements équilibrés entre deux factions (7 unité par faction dans la boîte d’opération de base, 3 par faction dans la boîte d’extension). La boîte actuelle est Operation Mazebreacker, avec son extension, et c’est clairement un excellent investissement. Vous aurez un ensemble complet avec lequel jouer. Le livret orienté apprentissage est très bien fait. Fighouse propose un lot intéressant avec la figurine exclusive de cette sortie.
Dans tous les cas, le meilleur conseil reste selon moi de prendre les figs qui vous font le plus envie. Certaines factions sont plus faciles d’accès que d’autres, mais si vous avez la motivation, vous pourrez surmonter les difficultés.
Avec les règles et les figs, vous pourrez construire vos listes avec l’application. L’application est liée au wiki qui référence toutes les règles.
Une référence exceptionnelle pour s’y retrouver dans tous les modèles de figurines est Human Sphere, un wiki non officiel très bien fourni.
Et quoi d’autres ?
Je voulais faire court, mais je suis tellement enthousiaste que je n’arrive pas à m’arrêter de déblatérer. Pour vous donner un avant goût de quelques autres merveilles qui vous attendent :
- les équipes de tirs : une équipe de tir est un ensemble de figurines en cohésion entre elles. Cela vous permet de déplacer plusieurs figurines avec un seul ordre et cela vous apporte divers bonus, dont des bonus de tir. La composition de ces équipes est réglementé, les constituer fera partie de votre travail de construction de liste d’armée ;
- les TAG : on peut jouer des petits méchas, comme les Guges d’Appleseed !!! Ça fait son petit effet sur la table ;
- le piratage : les infanteries lourde, les TAG et les remotes (des genres de drones terrestre, beaucoup rappelle les fuchikoma de Ghost in the Shell) peuvent être piratés par les hackers. Votre tank ambulant risque de se transformer en boîte de conserve inerte ! En opposition vous pouvez essayer de redémarrer votre système pour éviter l’attaque, ou un de vos hackers peut essayer de bloquer ou tuer celui qui vous attaque ;
- des points de commandement : ces derniers vous permettent de récupérer du matériel, donner des ordres coordonnés à plusieurs unités, piquer des ordres à celui qui commence, etc. ;
- Le brouillard de guerre : certaines informations de votre liste sont privées. Votre adversaire ne sait pas qui est votre lieutenant, certaines de vos unités peuvent être déployées cachées ou être parachutées durant votre tour, votre adversaire n’a aucune idée de quelles unités il s’agit.
Et j’en oublie sans doute encore.

En conclusion
Vous êtes toujours là ? Désolé pour le texte aussi long, mais ce jeu est véritablement phénoménal. J’espère vous avoir donné envie de vous y intéresser.
Nicolas Legrand